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Wang Xian : L'interprétation des dix forces du taijiquan

4 Novembre 2022

Source
Talking Chen Newsletter 21, WWW.CHENTAIJIQUANGB.COM

Wang Xian: L'interprétation des dix forces du taijiquan
David Gaffney

Wang Xian décrit dans « Chen Family Taijiquan Tuishou », les "dix forces essentielles du taijiquan" se rapportant aux mains qui poussent. Ces forces sont accompagnées d'une brève description et, en italique, de certains de ses commentaires sur chacune d'entre elles

10 Kräfte

1. Tingjin – Ecouter l’énergie
Par une pratique assidue, un pratiquant entraîné affine l'acuité de ses perceptions corporelles au point de pouvoir détecter les moindres changements chez l’adversaire :

L’écoute est indispensable au tuishou. Elle nécessite de cultiver une sensibilité fine aux sensations des minuscules poils du corps, indispensable pour s'adapter en permanence à des circonstances éphémères. C'est pourquoi nous recommandons la pratique des énergies « Zhan » et « Nian » (coller et adhérer) comme préparation à la pratique de l’écoute.
Sans cette préparation, l'écoute serait impossible, sans parler de l'acquisition de l'énergie pour le combat.

2. Dongjin - Concrétiser l'énergie
En se basant tant sur ses capacités d'écoute que sur son expérience, un pratiquant peut commencer à comprendre et anticiper les actions d'un adversaire. De l'écoute naît la capacité de lire les prémices subtiles des actions avant qu'elles ne se manifestent complètement. En d'autres termes, il s'agit de voir les mouvements avant qu'ils ne deviennent évidents. L'interception des mouvements à leur point le plus précoce permet de les dévier sans effort avant qu'ils ne soient pleinement développés.

La perception de l'énergie est un concept clé du taijiquan et du tuishou. C'est la capacité de reconnaître les changements présents ou potentiels dans le vide et la fermeté, la dureté et la douceur, la vitesse, la longueur, la direction, la rectitude et la courbure, la taille et le point d'impact. C'est la capacité de vaincre l'adversaire en utilisant le bon rythme, les bonnes techniques ... à l'occasion appropriée.

3. Zhan-Nian -Techniques
Les quatre méthodes du « Zhan Nian Lian Sui » sont étroitement liées et se conditionnent mutuellement. Habilement exécutées, elles permettent au pratiquant de rester « collé » aux mouvements de l'adversaire tout en le plaçant dans une position de combat où il se sent toujours acculé et déséquilibré. Au moment où l'on entre en contact avec l'adversaire, il faut constamment maintenir l'adhérence pendant les actions de rotation et d'échange afin de ne pas perdre le lien.

« Zhan » signifie littéralement « adhésivité », c'est-à-dire la force qui permet à un pratiquant de se « coller » à son adversaire, de sorte qu'il lui est difficile de s'échapper. Elle est souvent utilisée dans les stratégies d'attaque. Inversement, Nian signifie « suivre et poursuivre l'adversaire ». Les énergies « Zhan » et « Nian » agissent conjointement, « Zhan » étant la force dominante, car sans une bonne maîtrise de l'adhésivité, on ne peut jamais obtenir une « poursuite » de qualité.

4. Lian Sui - Energies
Lorsque le « Jin » de l'adversaire apparaît, par exemple lorsque le pratiquant recule, il ne faut pas rompre le lien. L'intention est donc de toujours suivre, même en se retirant :

« Lian » a une multitude de significations, notamment : cohérence, continuité, adhérence, ne pas presser, ne pas forcer, réactions rapides aux attaques rapides, réactions lentes aux attaques lentes et aucune chance de s'échapper. La technique Sui consiste à réagir à l'adversaire, à le suivre et à se déplacer dans la même direction que lui, à se déplacer sans effort entre les mouvements rapides/lents et les mouvements avant/arrière.

5. Techniques trompeuses et transformatrices
Lorsque l'intention de mouvement de l'adversaire est comprise, elle doit être neutralisée avant de pouvoir effectuer une contre-attaque efficace. Un dicton classique affirme l'importance de neutraliser avant de relâcher sa propre attaque : « Conduire dans le vide, fermer et relâcher ».

Le « Yin » est la force principale qui permet d'induire l'adversaire en erreur. Yin signifie littéralement « tirer » ou « guider », c’est la capacité à contrôler l'énergie de l'adversaire, c'est-à-dire à « "induire en erreur » et à transformer l'énergie de l'adversaire. « Hua » est la force de transformation et ne peut exister sans l'application préalable de « Yin ». Avec ces techniques complémentaires, le pratiquant attire l'adversaire sur son territoire et neutralise toute possibilité d'attaque.

6. Na-Technique de préhension
Les techniques « Qinna » du style Chen nécessitent une prise de conscience de la position anatomique de toutes les articulations, des notions de leviers et de points de pivot, ainsi que de l’amplitude et des limites de mouvement de chaque articulation :

La technique « Na » ou « voie de la préhension » consiste à saisir l'adversaire par les bras, les coudes, les poignets ou les mains pour l'empêcher de tourner ou de bouger et le rendre ainsi impuissant. L'adversaire a l'impression que ses tendons et ses os se brisent et que la douleur le pénètre jusqu'à la moelle. C'est ainsi qu'il est vaincu.

7. Ouverture et fermeture
L'ouverture et la fermeture extérieures se manifestent par l'extension et la contraction des membres. Dans la pratique, la rotation vers l'intérieur est une fermeture et la rotation vers l'extérieur une ouverture. Elles représentent respectivement l'immatériel et le matériel extérieurs :

Dans les arts martiaux, « ouvrir » (Kai) signifie étirer et atteindre ; « fermer » (He) signifie rétracter, conserver, transformer, plier et rassembler. Ouvrir et fermer est une expression physique des qualités du yin et du yang : dureté versus douceur ; rassembler versus exploser... La qualité de l'effort mis dans la fermeture détermine la capacité à s'ouvrir avec force et impact.

8. Energie-Explosion
La force flexible et élastique du style Chen n'est possible que si les fonctions de souplesse et de dureté ont été équilibrées. Pour sauter sur un trampoline, si les ressorts sont réglés sur le bon degré de tension, plus on se pousse vers le bas, plus on monte haut ; en revanche, si les ressorts sont trop lâches ou trop tendus, aucune énergie de rebond ne peut être générée.

Le « doujin explosif » (force vibrante) résulte de la libération de l'énergie accumulée dans l'état de relaxation, lorsque l'énergie pénètre dans tout le corps. Cette énergie part de la plante des pieds, remonte en spirale le long des jambes jusqu'au centre de contrôle situé à la taille, qui la répartit ensuite sur les autres extrémités... Pour maîtriser cette force élastique, il faut entraîner les muscles dans la détente et le rassemblement, et développer une grande sensibilité et des réactions rapides aux stimuli extérieurs. Les pratiquants doivent également développer un niveau approprié de force musculaire en respectant l'adage : « Utilise la pensée et l'intention, pas la force ».

9. Ti – Force de levier
Combinaison de force en spirale, en conservant un axe central droit, pour déraciner un adversaire :

« Ti » signifie « s'élever en spirale ». Avec le « Zhan Nian Lian Sui », soulever son adversaire avec une énergie en spirale pour déstabiliser son centre de gravité et l’attirer sous contrôle ... Se rappeler le conseil de Maître Chen Changxing : « Garder le haut du corps de l’adversaire sous contrôle avant de soulever le bas de son corps, et l’attaque immédiate et précise ne pourra jamais échouer ».

10. Dévider le fil de soie
Tous les aspects du style Chen, y compris les mains qui poussent, sont basés sur l'entraînement d'une forme d'énergie unique en spirale et en rotation, connue sous le nom de « Chansijin » ou « énergie du dévidement du fil de soie ». Lorsque cette énergie, profondément ancrée à l'intérieur du corps, est développée et renforcée, elle permet à tout le corps de fonctionner comme une unité cohérente qui tourne et se retourne avec aisance, répondant à l'exigence selon laquelle « quand une partie bouge, toutes les parties bougent ».

Le dévidement du fil de soie (Reeling Silk) est une énergie qui tourne en spirale, qui naît à l'intérieur du corps et se manifeste à l'extérieur en pénétrant jusqu'aux poils fins de la peau... Lorsqu’on utilise cette énergie, il faut éviter d'être trop mou ou trop dur. Une mollesse excessive (« Ruanshou » ou mains faibles) rend trop faible pour combattre ; une dureté excessive rend trop rigide et donc incapable de réagir correctement, permettant à l’adversaire de prendre le contrôle. La solution réside dans le juste milieu : maintenir l'équilibre entre la douceur et la dureté, maintenir l'alternance entre la fermeté et le vide.

 

 

 

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