Sur la voie des arts martiaux
Sur la voie des arts martiaux
de Peter Minder (Traduit par Patricia Jan-Guyot)
2e réunion annuelle de l'association Sansong Taijiquan et Qigong, Olten le 2. 9. 2023 : exposé d'Alfons Lötscher
Alfons nous a d'abord donné un aperçu de son parcours personnel. Jeune homme, il a découvert l'aïkido, un art martial encore méconnu en Suisse à l'époque. Ayant expérimenté la défaite lors de combats car physiquement plus faible, il a aimé l'idée de travailler et de retourner la force de l'adversaire contre lui.
Après avoir assimilé les nombreuses techniques de ce système sophistiqué et atteint un niveau de compétence avancé, Alfons a constaté qu’il lui manquait quelque chose. Il a alors rencontré Regula et Daniel Stehli à Olten qui, avec la bâloise Magdalena Solari, ont noué contact avec Maître Chen Xiaowang et ont commencé à enseigner le style de taijiquan Chen en Suisse. C'est là que le travail intérieur avec le Qi a été thématisé et pratiqué pour la première fois - et Alfons s'est lancé dans la pratique de cet art avec toute son énergie.
Qu'est-ce qui, selon lui, distingue l'aïkido du taijiquan ?
Outre l'absence de pratique concrète du flux du Qi, la méthode d'enseignement de l'aïkido consiste en un ensemble de techniques apprises et pratiquées. Plus l'élève est avancé, plus il doit maîtriser de techniques. De plus, O Sensei Ueshiba, le fondateur de l'aïkido, était un maître de kenjutsu, l'art du sabre, et ses techniques sont fortement liées au combat au sabre.
En taijiquan, nous n'apprenons pas de techniques. Nous pratiquons certes des formes, mais celles-ci contiennent tous les éléments dont nous avons besoin pour la pratique martiale, même si cela n'est pas immédiatement perceptible. Nous n'avons pas non plus besoin de connaître une infinité de formes, une seule, par exemple Lao Jia Yilu, suffit en principe pour apprendre tout ce dont nous avons besoin. Notre seule - grande - tâche est de passer de Yu Wei, "faire juste", l'apprentissage et la pratique de la forme, à Wu Wei, "ne rien faire", le fait de laisser faire et de laisser se produire - tout en conservant tout. Et ce Wu Wei nous amènera, au moment opportun, à accomplir l'action nécessaire en une fraction de seconde, sans que nous ayons conscience d'avoir fait quoi que ce soit.
Alfons donne de bons exemples de ce processus : L'abaissement soudain du Qi et du poids au moment d’être poussé par un homme beaucoup plus fort physiquement et en proie à une forte émotion -
ce qui fait rebondir ce dernier, ou la réception en douceur d'un pas inattendu dans le vide d'une participante âgée, ou le roulement d'un homme encore plus âgé dont le banc s'était soudainement effondré dans la pente d’une montagne et qui s'est ensuite relevé sans dommage.
Et puis la phrase clé encourageante de l'exposé : nous apprenons plus que nous ne le pensons, le corps en sait plus que nous ne l’imaginons. Ce savoir-faire est mobilisé en cas de besoin en une fraction de seconde … si nous le laissons agir.
Mais comment atteindre Wu Wei ?
En pratiquant la ou les formes et le standing. La forme, nous familiarise avec les principes yin et yang du Taiji dans les arts martiaux : l'énergie yang dure et droite d'une attaque est neutralisée par l'énergie yin douce et ronde, un coup de poing, par exemple, contré par un mouvement doux de la main qui ne fait que prendre contact et transmettre l'énergie dans le vide. Et dans la position du pilier debout, nous nous entraînons à ne pas rester accrochés à nos pensées, mais à nous abandonner au flux de l'énergie, à lâcher prise, à laisser faire.
les deux systèmes se complètent
La méthode d'enseignement du taijiquan est donc beaucoup plus complète. Fasciné par cette approche, Alfons a relégué l'entraînement d'aïkido au second plan pendant un certain temps. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que les deux systèmes se complètent. Il reconnaît dans les techniques d'aïkido les éléments du taijiquan, l'esquive douce, le travail avec l'énergie de l'attaque et il reconnaît dans les formes du taijiquan les possibilités d'application - ce qui à son tour enrichit cet entraînement.
Pour finir, il nous montre encore un exemple d'application possible : le mouvement dans Lao Jia Yilu "Gao Tan Ma" (s'étirer vers le haut en direction du cheval) comme technique d'aïkido avec atemi (coup suggéré) contre le visage et levier de bras. Moi-même, qui a imprudemment répondu "Moi !" à la question de l’orateur "Qui a fait de l'aïkido auparavant ? " ai pu faire l'expérience de l'efficacité de sa technique.
Alfons a déjà parcouru bien du chemin sur la voie des arts martiaux, mais il poursuivra probablement sa quête et ne se contentera jamais de ce qu'il a trouvé. Son passionnant exposé a enrichi notre réunion associative, comme l'ont prouvé les questions et les discussions qui ont suivi. L'heure prévue a filé en un clin d'œil - nous aurions tous pu écouter Alfons encore longtemps !
Merci beaucoup, Alfons, nous attendons la suite avec impatience !



