Arrivée chez Dao, le 16 octobre 2020
En arrivant dans la rue où se trouve l’association DAO, j’aperçois plusieurs groupes d’enfants qui s’approchent de la même porte. Ça donne bien l’impression qu’ils vont aller à l’entrainement de Sanda ce qui s’est avéré !
Je monte les trois étages avec eux pour entrer dans la salle d’entrainement. L’ambiance y est déjà très mouvementée, excitée et joyeuse. Des enfants d’un âge de 4 à 6 s’y préparent pour enfin commencer l’entraînement. Vraiment, je ne m’y attendais pas à un si grand nombre d’enfants ! Je suis étonnée et impressionnée en même temps.
Que viennent-ils chercher ici ? Que trouvent-ils à l’entrainement ? et comment sortent-ils pour repartir dans leur vie avec famille et collègues ?
Je vais recevoir quelques réponses à mes questions dans quelques instants dans les interviews qui suivent.
Donato m’accueille chaleureusement et me présente aux enfants. Je suis ravie d’être là !
Merci beaucoup de me permettre à interviewer des enfants pratiquant dans l’association DAO et de pouvoir partager les conversations en les publiant dans la newsletter de l’association CWTACH (Chen Xiaowang world Taiji Quan association Suisse – www.cwtach.ch).

Interview DAO 2020 01

16 :50 -17 :15
Lisa : (original en français)
Je m’appelle Lisa et j’ai 14 ans. J’ai commencé à venir chez Dao quand j’étais toute petite. Si je ne me trompe pas j’avais 5 ans. Donc ça fait 9 ans que je m’entraîne ici.
Depuis 2 ans j’entraîne les petits en collaboration avec Donato. Et je pratique aussi la forme de Tai Ji Quan style Chen avec le sabre.
Rm : Ce qui est une belle forme !
Ahh oui, magnifique.
Rm : quand tu as commencé, donc il y a 9 ans, qu’est-ce qu’on t’a enseigné ? C’était le Tai Ji Quan ?
Oui, c’était le Tai Ji Quan, la défense et tout ça. Après deux ans nous avons commencé à apprendre une forme.
Rm : quels sont les entraînements que tu suis en ce moment ?
Je recommence aujourd’hui à venir à l’entrainement après une pause. J’ai eu un accident assez grave et après la convalescence je revenais à l’entraînement. Je me suis reblessée et là je viens de faire une deuxième petite pause.
Rm : Tu t’es blessée comment ?
C’était en compétition que je me suis blessée le dos. On m’a soulevé le pied et d’un coup je suis tombée sur le coccyx. Ça s’est répercuté sur tout le dos et je n’arrivais plus à bouger mes bras et mes jambes. Je me trouvais pendant 24 heures à l’hôpital. D’un coup je me retrouvais dans un état comme si j’étais un tout petit bébé. C’est que peu à peu que j’apprenais à marcher. Tout ça a provoqué des peurs et c’est pour cela que je me suis dite de reprendre gentiment l’entraînement pourrait me faire du bien. Un deuxième accident est survenu pendant une compétition nationale de sanda (léger contact) où on m’a frappé la côte et ça a blessé le foie. Et c’est à ce moment-là que j’ai dit « stop », je ne peux pas faire ces frayeurs à mes parents.

Rm : quelle est ta passion dans ta vie ?
Le matin j’aime bien aller courir, aller me défouler.
Rm : quand tu avais 5 ans qu’est-ce qui t’a amené ici chez DAO ?
A cette époque quand j’avais 5 ans j’étais un peu obèse. Et tout le monde me critiquait. Je me sentais mal dans ma peau et je n’ai pas eu une vie sociale à ce moment-là. C’est pour cela que je me suis dit que je pourrais commencer un sport où je me retrouve dans ma bulle. Pendant la même époque on a déménagé et j’ai fait la connaissance de Pascale (membre et responsable du secrétariat DAO). Elle m’a proposé de venir chez DAO. D’abord je venais ici avec mon frère qui n’a pas du tout aimé contrairement à moi qui adorait ! Et c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à maigrir. J’ai beaucoup plus confiance en moi et les critiques des autres il n’y en a presque plus du tout ou ils me passent par-dessus ! Le fait de pouvoir me défouler dans un sac m’a aidé dans la prise de confiance en moi.
Quand on est petit on ne peut pas comprendre pourquoi on est critiqué. Au fil des années je me suis rendue compte que la plupart des gens passent par là.
Ce que j’aimerais dire aux lectrices et lecteurs : de savoir être dans sa bulle, de savoir être seule est important parce qu’à tout moment on peut être lâchée par des personnes proches.
Rm : tu savais pourquoi les enfants te critiquaient ?
Souvent je rentrais à la maison en pleurant parce que les autres se moquaient de moi. A un moment donné mes parents me disaient que j’étais vraiment en surpoids. On pensait à ce que le sport, de bouger puisse faire du bien. J’ai commencé avec l’athlétisme et le ski. Mais c’est finalement le Tai Qi Quan qui m’a ouvert les yeux.
Rm : Qu’est-ce que tu pratiques en ce moment ?
Je viens tous les vendredis. Après les leçons des petits, je pratique encore la forme du sabre avec Donato pendant 10 minutes. Tu sais j’apprends assez vite ! J’ai une bonne mémoire.
Rm : Je te crois bien ! Un peu mieux que moi (...rire...)
Qu’est-ce que tu apprécies spécialement maintenant quand tu pratiques la forme du sabre ?
Je me sens libre, reposée. Quand je fais la forme je ne pense plus aux problèmes genres écoles, devoirs et tout. Et là ça me relax ; c’est comme dans un jacuzzi si je peux le dire ainsi ! Ça détend.
Rm : comment te prépares-tu à l’entraînement des petits ?
Ben, c’est une habitude. J’ai moi-même été entraînée par pleins de gens. Avec ça j’ai retenu tout ce que j’appréciais ou pas, ce qui était le mieux pour nous les enfants. Donc maintenant j’essaye de donner ce que je peux et je les entraîne comme ça.
Rm : peux-tu nous donner deux – trois exemples concrets ce que tu as bien apprécié ?
Hmmm...c’est bizarre à dire, mais frapper quelqu’un même si ce n’est pas en « full contact », la corde à sauter j’ai toujours aimé et aller vite.
Maintenant j’apprends aux petits la défense. P.ex. pour les filles quand elles se font poussées dans la rue il existe des techniques concrètes pour se défendre. Mais avec les petits on ne fait pas encore les coups de poings et les coups de pieds. Ça se développe peu à peu !
Donc le sanda est vraiment une discipline qui est enseignée aux plus grands.
Rm : quand tu étais plus petite ou même maintenant, il y quelque chose que tu n’aimais/n’aime pas trop dans les cours ?
(Silence...elle réfléchit) ... hmmm...non, il n’y a rien !
Rm : c’est très bien ! On ne va pas aller chercher plus loin ...(rire)
Aahh....des fois quand on n’est pas assez disciplinés Donato nous fait faire l’arbre. Alors ça c’est vraiment bizarre de rester dans cette position. On le faisait pendant 2-3 minutes et ça nous fatiguait.
Rm : et maintenant quand tu te mets dans la position de l’arbre, c’est différent pour toi ?
Ah, maintenant je ne l’ai plus refait.
Rm : Quel était le plus grand défi pour toi quand tu étais petite et quel est le plus grand défi pour toi maintenant en enseignant ?
Maintenant mon défi c’est de leurs apprendre pour qu’ils soient contents. Et en ce qui me concerne c’est de reprendre le Tai Ji Quan donc mon entrainement à moi. Et peut-être reprendre des compétitions peu à peu
Mon défi d’avant c’était d’être championne suisse et je l’ai réussi.
Rm : bravo ! Toutes mes félicitations !
C’était une belle année 2018. Je me suis entraînée dure et j’ai réussie !
Rm : As-tu eu des stratégies pour surmonter tes défis, des difficultés ?
Dans le cours il faut toujours écouter pour ne pas louper des petits détails. Je m’entrainais quand je pouvais. Avec mon père on allait courir et le dimanche on allait skier. Si on peut faire des activités avec les parents, ça aide. Oui, un défi c’était le renforcement musculaire, le renforcement de mon corps pour toujours être stable. Donc quand on se fait pousser il faut réussir à se tenir et à ne pas se faire mal. C’est ça !
Rm : Aimerais-tu encore dire quelque chose aux lectrices et aux lecteurs ?
Oui, il ne faut jamais baisser la garde dans la vie. Jamais se laisser tomber. On a qu’une vie et il faut aller de l’avant. Si par exemple vous tombez, vous vous relevez. Et s’il faut changer de chemin, vous changez mais ne baissez jamais la garde !
Quoi qu’il arrive remettez-vous debout et continuez votre chemin !
Rm : Je te remercie beaucoup Lisa pour cet entretien et tes propos très personnels !

Interview DAO 2020 02

17 :20-17 :40
Adrian : (traduit par Ursula)
Je m'appelle Adrian et j'ai 14 ans. Oui, exactement comme Lisa.
Rm : Depuis quand viens-tu au DAO pour l’entraînement ?
Depuis 2 ans, je pense, ou peut-être 3. Pas depuis méga longtemps.
Rm : Qu’est-ce qui t’a poussé à venir au DAO il y a 2 ou 3 ans ?
Je ne faisais pas de sport à l'époque. En fait, j’étais allé à l'entraînement de handball, mais j'ai arrêté très vite parce que je ne m’y sentais pas à l’aise. Je me suis blessé plusieurs fois et les autres enfants n'étaient pas très corrects avec moi. C'est pourquoi je n'ai pas eu de plaisir à cette activité. Dans ce sport de groupe, tout le monde est toujours en train de râler, ce qui n'est pas facile.
Rm : Qu’est-ce que tu aimes faire le plus dans ta vie ?
Hmm... C'est une question difficile. J'aime beaucoup tout ce qui est en lien avec les autos. Je peux m’y consacrer pendant des heures !
Rm : Tu veux donc devenir mécanicien automobile ?
C'est ma deuxième option de métier. La première option, c’est avocat, mais je dois faire des études pour cela.

Rm : Dans quel groupe t’entraînes-tu ici au DAO ?
Le vendredi, je suis dans le 3ème groupe de 19h-20h. Là, des jeunes à partir de 14 ans s’entraînent pour le sanda. Le lundi, je viens ici pour l'entraînement de force et d'endurance / fitness. Le mercredi, je fais un autre entraînement de sanda et le samedi matin, nous pratiquons le Tai Ji Quan.
Dans le Tai Ji Quan, nous faisons la forme, des exercices autour du Tai Ji Quan et la forme de l'épée.
Je viens au DAO 4 fois par semaine.
Rm : Est-ce que vous pratiquez aussi le Tueshou ?
Non, un peu moins.
Rm : Dans les entraînements de sanda (contact léger), vous êtes toujours à deux ?
Ça dépend. La plupart du temps, nous nous échauffons seuls, puis nous allons aux "sacs" par deux et parfois nous faisons un peu de "sparring". Le "sparring" est un entraînement spécial pour ceux qui se préparent aux compétitions. Ils doivent changer de partenaire de combat très souvent et très vite et de ce fait ils n'ont pas vraiment le temps de récupérer.
Et puis nous nous entraînons avec les punching-balls. Ça fait plaisir et c'est le principal !
Pour l'instant, je ne fais pas encore de compétition. Mais j'aimerais bien m’y mettre plus tard. Je ne suis tout simplement pas encore à un niveau qui me permet d'être compétitif. Comme je suis très grand pour mon âge, je suis trop lourd pour ma tranche d'âge et je devrais me battre avec les adultes et je ne veux pas encore me faire ça ! Il n'y a pas de catégorie "plus de 65 kg" pour les enfants.
Rm : Qu'est-ce que tu préfères dans l’entraînement du sanda ?
C’est le sparring que j’aime le mieux parce que je peux lutter librement contre quelqu'un.
Rm : Et dans le Tai Ji Quan ?
C’est lorsque nous pratiquons des parties de la forme. Nous faisons la petite forme, puis Donato nous en montre une partie, en nous expliquant pourquoi c’est pratiqué de cette manière. Ensuite, nous pratiquons cette séquence plusieurs fois. J'aime ça super bien !
Je fais du Tai Ji Quan depuis six mois maintenant, donc je n'ai pas encore beaucoup d'expérience. Ces séquences de la forme, nous les faisons surtout seuls pour le moment.
Rm : Tu viens à l’entraînement 4 fois par semaine. As-tu encore assez de temps pour faire tes devoirs ?
Je fais mes devoirs surtout le mercredi et le vendredi. Le lundi est le jour le plus stressant. Le matin, les cours commencent à 7h20. A midi, je mange à la maison. Ensuite, je dois retourner à l'école l'après-midi jusqu'à 17h10, et puis c’est déjà l’heure d’aller à l’entraînement. Ensuite, je vais souper chez mes grands-parents et après je rentre directement à la maison. Ça, c’est une journée bien remplie !
Rm : Qu'est-ce qui te motive à aller à l’entraînement et à le faire de manière aussi intensive ?
C'est bon pour moi, non seulement physiquement mais aussi psychiquement. Ça me fait plaisir de venir ici !
Rm : A quoi penses-tu quand tu dis "psychiquement" ?
Oh...au stress quotidien ! Dans le sanda, je peux faire du sport, me défouler et je deviens plus calme. Ça fait vraiment du bien !
Rm : Y a-t-il quelque chose que tu n’aimes pas faire dans les différents entraînements ?
Dans le sanda, je n'aime pas le "shadow boxing". On boxe seul pendant 5 à 10 minutes (ou plus) juste en l'air, selon les instructions. J'aime moins ça parce que ce n'est pas très excitant. Mais ce n'est pas non plus la fin du monde ! Je ne peux pas influencer cette partie de l’entraînement. Ça fait partie tout simplement du plan d’entraînement.
Dans l'entraînement de Tai Ji Quan du samedi, je n'aime pas faire le "standing" (le pilier debout/l’arbre...). On reste là sans bouger pendant environ 10 minutes, c’est difficile de rester concentré et de ne rien faire. Comme je suis plutôt du genre bougillon, il me faut toujours être en mouvement. C'est pourquoi c'est un grand défi pour moi. Mais je le fais quand même ! Au final, je constate que c'est aussi bon pour moi. Mais c’est de commencer qui est difficile.
Donato nous dit qu'il est très indulgent avec nous. En Chine, le « standing" dure une heure déjà pour les enfants !
Rm : As-tu développé une stratégie pour faire le « standing » ?
Ma stratégie : j'essaie juste de rester calme et de réfléchir à un sujet que j’aime, par exemple les voitures. Comme ça je pense moins au temps et au corps. Je laisse mon esprit vagabonder librement.
Rm : Donato sait-il que tu as développé cette stratégie dans le « standing » ?
Non.
Rm : Cela pourrait être intéressant de savoir ce qu'il en pense, ou non ?
C’est toujours intéressant de savoir ce que les autres pensent. Mais là, chacun le fait tout simplement à sa manière. Alors je reste juste un peu général et chacun doit faire ce qu'il veut et aussi bien qu'il peut.
Rm : Avant de venir ici pour t’entraîner, as-tu eu d'autres difficultés avec toi-même et/ou les autres ? Si oui, peux-tu constater des changements ?
Oui, la maîtrise de moi-même par exemple s'est beaucoup améliorée. Au début de l’entraînement ici, je faisais parfois un mouvement "stupide" ou trop rapide. Et si quelqu'un s’était tenu derrière moi à ce moment-là, il aurait eu un bleu. En fait, cela ne se passe plus comme ça maintenant.
Et puis j'avais également du mal à contrôler mes émotions, avant tout la colère et la tristesse. Elles sortaient de moi sans filtre. Mais là aussi, l’entraînement m'a beaucoup aidé. Je remarque aussi que ma motivation à ne pas lâcher, à être cohérent, tenace et persévérant dans l’entraînement m'aide beaucoup. J'ai aussi pu améliorer cela et j'ai fait de grands progrès.
Rm : Quand tu parles d'émotions comme la colère, qui en fait n'est pas une mauvaise émotion en soi, est-ce que tu sais pourquoi tu étais ou te mettais en colère ?
Quand j'étais en 5ème/6ème année, j'étais très faible émotionnellement. Par faiblesse, j'entends la rapidité avec laquelle j’exprimais mes émotions. Et il ne fallait pas beaucoup de stimulation pour qu’elles montent. C'est là que l’entraînement m'a beaucoup aidé à m'améliorer. Que ce soit la colère ou la tristesse, ces deux émotions-là se déclenchaient très vite chez moi.

Rm : Maintenant, j'ai posé beaucoup de questions. Est-ce que tu aimerais ajouter quelque chose ?
...Hmm... Je réfléchis ! ...
L'une des raisons pour lesquelles je viens à l’entraînement, c’est la compréhension que montrent les formateurs. Quand j'étais débutant, j'ai fait beaucoup d'erreurs et ils ont quand même fait preuve d'une grande compréhension à mon égard.
Il y a longtemps, j'ai suivi un entraînement de kung-fu pendant six mois, mais là, ils n'avaient aucune compréhension pour les débutants. C'est beaucoup mieux ici.
Les erreurs font partie de la vie, tout le monde fait des erreurs ! Oui, et peut-être qu’on peut faire quelque chose à la perfection. Mais beaucoup d'autres choses, non. En fait, on n'arrête jamais d'apprendre.
Rm : Y a-t-il autre chose que tu aimerais dire aux lectrices et lecteurs de la newsletter de CWTACH ?
Si quelqu'un veut pratiquer le Tai Ji Quan, il doit tout simplement commencer par se lancer et ne pas avoir d'idées toutes faites. Quelques collègues de ma classe avaient de grands préjugés contre ce sport. Et puis j'ai été autorisé à donner une double leçon à l'école. Je leur ai montré comment je m'entraîne et ensuite ils ont changé d'avis.
D'une manière générale, j’aimerais dire : si tu pratiques une telle discipline, tiens bon et fais de ton mieux !
Rm : Merci beaucoup, Adrian, pour cet entretien personnel et ton ouverture !

 Interview DAO 2020 03

18 :10-18 :15
Kenay : (original en français)
Je m’appelle Kenay et j’ai 9 ans ½, bientôt 10 ans dans quelques jours.
Rm : Qu’est-ce que tu aimes le plus faire dans ta vie ?
Jouer ! Jouer à cache-cache avec mes amis du quartier. Ils parlent l’allemand mais ça se passe quand même bien. Moi-même je parle le français !
Rm : Et oui, Bienne est une ville bilingue. C’est un bel avantage.
Donato qui est également dans la salle pendant cette interview m’informe qu’il faudra que je fasse cette interview plus rapidement parce que Kenay n’attend qu’une chose c’est de retourner à l’entrainement qui se fait en même moment que l’interview !
Rm : Quand es-tu arrivé ici chez DAO pour t’entraîner !
Il y a quatre ans je suis venu ici parce que je voulais apprendre à me défendre avec le sanda. Il y en avait qui m’embêtait beaucoup à l’école.
Depuis que je m’entraîne ils ne m’embêtent plus !
Rm : qu’est-ce que tu aimes le plus pendant l’entraînement ?
C’est de taper dans le sac.
Rm : y a-t-il quelque chose que tu n’aimes pas dans l’entrainement ?
Non, j’aime tout !
Rm : Y a-t’il des choses qui ont changé depuis que tu viens à l’entrainement (corps, mental, pensées) ?
Je tape plus fort ! Et je suis beaucoup plus discipliné
Rm : aimerais-tu encore dire quelque chose aux lectrices et aux lecteurs de la newsletter ?
Non !
Rm : Je te remercie beaucoup Kenay d’avoir accepté si spontanément de donner une interview et de t’avoir privé d’un petit bout de l’entrainement.
Donato : Bravo Kenay ! Voilà, tu viens de donner ta première interview et tu l’as fait super bien. Ça fait plaisir : dos droit, posé !
C’est Kenay des fois qui donne la méditation parce qu’il la fait tellement bien ! Je lui demande de s’asseoir devant face au groupe...

Dimanche 8 novembre 2020 : Peu de personnes prendront le chemin de Soleure en ces temps de pandémie. Nous n'avons donc pas été surpris que seuls cinq d'entre nous se soient retrouvés ce dimanche matin dans la salle spacieuse, lumineuse et bien aérée de l'Auberge de jeunesse. Donato a fait en souriant cette remarque à propos du nombre de participants : "La qualité avant la quantité". Cela s'est également appliqué au thème de ce dimanche: tout au long de la journée, l'accent a été mis sur la forme du sabre, que nous avons pratiquée, répétée et pratiquée encore. Comme toutes les personnes présentes connaissaient déjà cette forme dans ses grandes lignes, il allait donc s’agir d’un approfondissement, d’une recherche de la précision et - comme toujours dans le Taiji - de la posture dans les différentes positions. Donato nous a montré la forme pas à pas, en expliquant sur quoi nous devions concentrer notre attention. Nous avons également eu l'occasion de filmer ou de photographier ses mouvements et sa présentation, afin de pouvoir les répéter ensuite chacun pour soi à la maison. Les corrections ont marqué un moment particulier : dans l'après-midi, Donato s’est mis un masque avec grand soin, puis il s’est à nouveau désinfecté spécialement les mains avant de corriger chacun et chacune dans les positions particulières. La scène avait quelque chose d’égayant.

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En fin d'après-midi, nous avons appris quelques applications captivantes de la forme du sabre. Puis Donato a proposé de faire une démonstration en « solo » de la forme. Une expérience particulière dans un cercle familier : un excellent exercice surtout pour ceux et celles qui ont l'intention de passer l'examen de l’association dans un avenir proche. Enfin, pour terminer et quasi en guise de souvenir, Donato a tourné une vidéo de la performance du groupe.

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La forme du sabre : bien sûr, cette forme (comme les autres formes) n'aide pas à combattre l'ennemi invisible et insidieux Covid19. Cependant, nous sommes tous conscients que le Taiji nous renforce fondamentalement. Personnellement, cet atelier m'a fait beaucoup de bien tant sur le plan physique que mental : après les nombreux ateliers annulés et d'autres qui - par la force des choses - ont eu lieu via Zoom, c'était une bénédiction de se retrouver physiquement et en temps réel (en prenant toutes les précautions, bien sûr), et de pratiquer ensemble dans une atmosphère détendue au milieu d’un groupe agréable. C’est tout cela et aussi et surtout notre responsable de cours Donato, avec sa façon motivante et valorisante, qui a fait que nous nous sommes sentis dans une oasis de confiance et cela nous a permis de nous renforcer face un monde extérieur encore plutôt menaçant pour le moment.

 

Maître Chen Xiaowang répond à la situation actuelle de propagation du virus par 3 exercices de Qi Gong. Nous recommandons à tous les membres et à tous ceux qui visitent notre site web d'y consacrer 10 minutes par jour.

Lien Youtube avec les exercices : Chen Xiaowang Yifei Gong

 

Michel Stadelmann, nouveau membre du Comité, est responsable plus particulièrement du site web (gestion du contenu, newsletter, organisation du site web).

Nl 10 20 Michel Stadelmann- Né en 1978
- Début de carrière dans les arts martiaux (à l’âge de 16-24 ans):
2 ans Siu Lam Kung Fu
4 ans Wing Tsun
- Etudes MTC, branches principales : acupuncture, herbes, Tuina, Qi Gong.

Après avoir terminé mes études de MTC, j’ai souhaité explorer davantage le travail sur le Qi. Je m’entraîne au Chen Taiji depuis 14 ans et j'ai déménagé à Olten pour m'entraîner.
Points forts : voyage en Chine en 2009, certification d’enseignant par le Grand Maître Chen Xiaowang en 2017.
La pratique du Taiji me donne la force pour la vie de tous les jours et m'aide à maintenir l'équilibre et partant la santé. J'essaie d'en appliquer les principes à toutes les situations de la vie.
Sur le plan professionnel, je travaille comme spécialiste informatique d'entreprise dans le domaine des tests de logiciels et j'ai déjà assumé différentes fonctions dans ce contexte. Actuellement, je travaille sur l’exécution des tests automatisés pour la mise au point d'une application web. Dans un autre projet, je travaille en tant que responsable et ingénieur d'essai dans le développement d'une nouvelle application web.

 

Par Daniel Stehli

Le livre de Granet dont il est question ici est l'un des ouvrages les plus importants jamais écrits sur la Chine et sa culture. Marcel Granet était à la fois sociologue, issu de l'école de Durckheim, et sinologue : Edouard Chavannes, le traducteur du Shiji, était son mentor. Granet remonte encore plus loin dans le temps pour se pencher sur l'époque où les textes des premiers poèmes ont été écrits. Le résultat de ses recherches a fait l’objet d’un premier volume sur la pensée chinoise, complété par un deuxième volume sur la culture chinoise (La civilisation chinoise). L’ouvrage publié il y a environ cent ans a posé un jalon dans l'histoire de la sinologie. Étonnamment, une traduction complète en allemand fait toujours défaut. Il existe bien une traduction de Manfred Porkert (Das chinesische Denken, également disponible en livre de poche chez Suhrkamp), mais il y manque l'importante introduction et la quatrième partie sur les écoles philosophiques.

Marcel Granet La pensée chinoiseLe livre commence par une présentation de la langue et de l'écriture qui montre la complexité et la subtilité du chinois et se penche ensuite  sur les effets du style et du rythme en chinois en passant par la signification de proverbes dans la langue courante. 

Pour expliquer la perception de l’espace et du temps qui sous-tend tout cela et qui permettra l’approche des choses essentielles, Granet commence par une analyse fine du Yin et du Yang. Cette présentation différenciée du Yin et du Yang est sans doute l'une des meilleures jamais écrites sur ces unités élémentaires de la pensée chinoise. Il en dégage ensuite une réflexion ample et approfondie sur la signification des nombres dans tous les domaines de la pensée chinoise. Comme élément le plus important, il fait ressortir le côté qualitatif du nombre, très éloigné de notre compréhension occidentale qui se réduit à une signification purement quantitative du nombre. Son approche et sa compréhension du Yin et du Yang et des nombres, des cinq phases de changement et des autres idées de base, induisent une compréhension du macrocosme, du microcosme et du rôle de l'étiquette, qui est nouvelle et inattendue dans notre vision du monde, mais qui, si l’on y réfléchit, peut beaucoup contribuer à clarifier l'arrière-plan du mode d'argumentation chinois encore aujourd'hui. Si l'on veut comprendre la façon dont les Chinois agissent dans les sphères politique et privée, le livre de Granet reste encore et toujours l'un des meilleurs guides. Ce qu'il dit des différentes écoles philosophiques vaut toujours la peine d'être lu, malgré les interprétations récentes.